Des fabriques du social aux nouvelles fabriques du sociologue

Rapport du Laboratoire Social de Recherche-Action dans la Cité – LASRAC (Programme de recherche de la Région Bretagne – Appropriation SOciale des SCiences), juillet 2015, Collège Coopératif en Bretagne (Nadine Souchard), en collaboration avec le laboratoire ESO-Rennes 2 (Yves Bonny) en partenariat avec la MJC Antipode, l’association Tout Atout et l’IUT Carrières Sociales. Se reporter à la présentation de La fabrique du social sur le site du Collège Coopératif de Bretagne.

Extrait de l’introduction du rapport :

« En posant comme axiome a priori du projet LASRAC la notion de collectif hybride d’acteurs-chercheurs, nous cherchons à remettre en cause l’idée d’une partition a priori entre acteurs et chercheurs. Nous mobilisons dans cette perspective trois acceptions de la notion de recherche : être en recherche, se mettre en recherche, faire de la recherche (Yves Bonny). Notre objectif est d’abord de substituer à une épistémologie de la rupture entre recherche académique et sens commun une épistémologie de la distanciation, et par là à l’idée d’une coupure radicale entre « chercheurs » et « praticiens » l’idée d’un continuum de positions et du coup d’une pluralité de manières de se mettre en recherche, mobilisant à des degrés variés le référentiel scientifique. Nous établissons également un continuum entre « se mettre en recherche » et « être en recherche », dès lors que nous postulons, en nous appuyant en particulier sur l’œuvre de John Dewey, que les acteurs porteurs d’initiatives associatives sont de façon tout à fait ordinaire, dans les démarches qu’ils engagent, des « enquêteurs », en quête de réponses aux questions qu’ils se posent et aux problèmes qu’ils rencontrent, pouvant dans des circonstances spécifiques « se mettre en recherche », c’est-à-dire s’engager dans une démarche plus formalisée de clarification de cette quête et de mise en œuvre de méthodes d’enquête pour y apporter des réponses qui leur paraîtront satisfaisantes pour les besoins de l’action.

En second lieu, nous cherchons justement à promouvoir et à penser une articulation intrinsèque entre recherche et action en lieu et place de la dissociation introduite dans le cadre de la recherche académique classique. Nous appuyant en particulier sur le travail de Hans Joas autour de la créativité de l’agir, nous visons à inscrire la recherche, sous les trois formes indiquées ci-dessus, au cœur de l’agir, en proposant à des collectifs d’acteurs “en recherche” de “se mettre en recherche” avec nous, c’est-à-dire avec des acteurs qui ont notamment la particularité d’avoir développé les compétences de la recherche académique (« faire de la recherche »), en l’occurrence à partir de la sociologie. Mais dans l’autre sens, et en symétrie, nous leur proposons de « nous mettre en action » avec eux, c’est-à-dire de nous situer dans une perspective de sociologie impliquée et contributive (Gilles Herreros, Marc Uhalde), en situation d’expérimentation (Pascal Nicolas-Le Strat).

La déclinaison de nos propositions, au sein de ce que nous nommons un laboratoire social, active de ce point de vue l’analogie mais aussi le contraste avec le modèle institué du laboratoire universitaire. Ce ne sont pas simplement des chercheurs qui initient des recherches en plein air pour accéder à une compréhension de la société (Bruno Latour), mais nous considérons que les collectifs réflexifs auxquels nous nous associons ont cette fonction de laboratoire de nouvelles productions sociales.

La recherche-action coopérative que nous cherchons ainsi à engager nous oblige à approfondir un certain nombre de questions centrales :

  • comment penser la constitution du collectif d’acteurs-chercheurs et notre inscription dedans ?
  • comment penser simultanément la symétrie des positions et la différenciation des contributions au sein du collectif d’acteurs-chercheurs ?
  • comment penser notre contribution spécifique au sein du collectif d’acteurs-chercheurs ?
  • quel poids et quelle place accorder au référentiel scientifique dans le collectif d’acteurs-chercheurs ? Quels autres référentiels de la recherche ou de l’action sont en jeu et comment penser leur articulation ?
  • comment tenir ensemble une exigence de distanciation, appelée par le référentiel scientifique, et une exigence d’implication, appelée par le souci d’une sociologie contributive s’inscrivant au milieu des autres acteurs ? Quelles sont les implications éthiques et politiques d’une telle orientation et comment prendre en compte les tensions qu’elle génère ? »

Pour télécharger le rapport : Des fabriques du social aux nouvelles fabriques du sociologue, LASRAC (Nadine Souchard, Yves Bonny), juillet 2015