Pour une prise en charge collective des vulnérabilités

Cet article pose les bases de mon travail sur la question de la prise en charge collective des vulnérabilités. Il explore les liens que nous pouvons faire entre l’éthique du care et le commun, il tente de thématiser la question des vulnérabilités dans différents champs (le territoire, le savoir, les affects) et, enfin, il traite de manière impliquée du travail de recherche que je mène dans différents collectifs.

J’essaie d’y développer l’idée que les collectifs se construisent, construisent le commun et leur autonomie d’autant mieux qu’ils prennent en charge les vulnérabilités dont ils se nourrissent, dont ils sont porteurs et dont ils peuvent devenir les producteurs.

Les jalons qui sont posés dans ce texte feront l’objet d’un travail plus approfondi durant l’année, les années à venir ; plusieurs pistes sont ouvertes tant sur les plans méthodologiques, épistémologiques, politiques que thématiques.

J’espère que la lecture que vous en ferez ouvrira à des discussions.

Pour une prise en charge collective des vulnérabilités

Toute activité suppose de s’éprouver soi-même. « L’activité est une épreuve subjective où l’on se mesure à soi-même et aux autres pour avoir une chance de parvenir à réaliser ce qui est à faire. »1 Grossièrement, je pourrais dire que le sport implique d’éprouver son corps, et qu’une activité de recherche induit une épreuve pour l’esprit. Mais rapidement, en en faisant l’expérience, nous nous rendons compte que réaliser une activité sportive nécessite d’adopter une disposition et une disponibilité intellectuelle, et inversement une recherche implique de penser et d’éprouver une attitude, une posture corporelle, parfois envisagée sur un mode mineur ou même impensée. L’activité est donc pour partie épreuve, et celle-ci est inhérente à l’exigence, quelle qu’en soit l’origine (interne, sociale, institutionnelle, économique, …), avec laquelle nous la réalisons.

Dans un contexte d’excellence, nous pensons à loisir à l’image du sportif de haut-niveau se faisant souffrir dans un dépassement de soi sacrificiel, cherchant à accroître ses aptitudes en vivant de tout son être le moment présent, et en misant sur un avenir incertain. L’épreuve inhérente à l’activité, ici incontestablement celle du corps, emporte son lot d’expositions ; à la douleur musculaire, tendineuse, ligamenteuse, osseuse. L’athlète, entraîné dans son constant devenir, s’expose également du fait de l’incertitude même quant aux fruits retirés de cet engagement. À cet endroit interviennent des spécialistes, des experts qui l’accompagnent en tant qu’entraîneur, préparateur physique, mental, médecin, kinésithérapeute, technicien du matériel utilisé (farter de skis, mécanicien automobile, …).

Ce groupe se constitue autour de l’athlète, chaque personne trouvant son ancrage à un point de vulnérabilité de l’activité sportive, y greffant une activité annexe, complémentaire et de prendre-soin (care), permettant à l’athlète de construire son autonomie dans et par une interdépendance. Il pourra, et devra, apprendre à se masser soi-même, à se relaxer en situation, à régler du matériel technique, mais il ne pourra pas à lui seul pallier les séances avec son ostéopathe, les entretiens avec son psychothérapeute et le travail des ingénieurs qui ont élaboré le matériel.

Les vulnérabilités auxquelles je me rapporte sont celles qui sont inhérentes et spécifiques à une activité en particulier, elles correspondent aux épreuves que cette dernière nous réserve. Il nous faut aussi considérer le milieu institutionnel dans lequel elle se réalise. Le sport de haut-niveau est un univers institué, construit socialement, avec un imaginaire, un langage. Les sportifs qui évoluent dans des disciplines médiatisées vont devoir travailler avec un agent qui gérera leur carrière, un attaché de presse qui prendra soin de leur image, par exemple.

Nous commençons à dessiner le paysage d’ensemble des vulnérabilités auxquelles est confronté l’athlète ; celles qui dépendent de l’activité réalisée, celles qui dépendent de l’institution dans laquelle elle se réalise, celles qui dépendent des exigences de diverses origines avec laquelle on la réalise. Le groupe qui se constitue autour de lui, quelle que soit son étendue en fonction de l’écologie du milieu, créé un « en-commun » de soin (care), pour dépasser les vulnérabilités. Cet en-commun de soin est composé de la prise en charge de l’ensemble des détails (selon les ressources auxquelles nous avons accès) et de toutes les épreuves à traverser en vue de la meilleur réalisation possible de l’activité. Dans l’incapacité relative – en fonction de l’exigence – d’y faire face seul, chaque acteur porteur de ses ignorances devra s’en remettre aux autres pour co-élaborer une stratégie visant à atteindre les objectifs et à établir la performance. Pour que le groupe réussisse il faudra nécessairement qu’il y ait co-production de savoir entre toutes les parties prenantes. Le technicien pourra dire qu’elle est l’utilisation optimale de l’outillage, cependant le sportif et son entraîneur pourront faire des choix de gestes techniques non-optimaux a priori, tant sur le plan de l’outil qu’en terme physiologique et biodynamique, mais résultant d’une antériorité d’activité ou d’une sensation de bien-être dans sa réalisation. L’ensemble de l’équipe devra alors faire des choix de manière démocratique, en prenant en compte l’avis du technicien porteur de la voix de l’outil, du médecin porteur de la voix du corps.

De l’existence de vulnérabilités et de l’ignorance sur la manière d’y faire face peut naître la co-production des solutions, des soins, des savoirs dont la pertinence est fonction de l’écoute, de l’attention et de l’interconnaissance des savoirs situés et impliqués qui co-existent dans le milieu. La production de l’« en-commun de soin » se réalise, si les différentes parties prenantes s’y rapportent, dans la consistance même de l’activité, en tant qu’elle expose le praticien et qu’elle le rend vulnérable ; de tout son long, de tout son large, et à ses différents niveaux de réalité.

Le récit descriptif du fonctionnement idéalement réussi d’un groupe autour d’un athlète2 me permet de mettre en valeur qu’une activité nous expose, nous éprouve, en soi ; mais aussi qu’elle s’inscrit dans un environnement lui-même porteur et producteur de vulnérabilités, institutionnelles par exemple. Nous aurions pu également faire mention de vulnérabilités économiques comme dans le cas des sportifs de la corne de l’Afrique qui sont naturalisés dans les émirats pour concourir sous leurs drapeaux, ou politiques dans les cas des disciplines où sont présents des juges ou jurys dont les décisions peuvent-être soumises à des impératifs issus d’enjeux géo-politiques.

Nous pouvons être vulnérable, et nous pouvons l’être d’abord parce que nous pratiquons des activités qui nous exposent. Comment nous rapportons-nous à ces vulnérabilités ? Comment les accueillons-nous ? Quel sens leur donnons-nous ? Qu’est-ce que leur prise en compte dit de notre rapport à soi, aux autres et à l’environnement ? Que sommes-nous capables d’inventer, de réinventer à partir d’elles ?

Qu’un individu soit exposé, qu’il soit vulnérable ne doit pas impliquer la passivité de celui-ci face à celle-ci3. Une personne peut s’emparer de sa vulnérabilité, ou au contraire, la laisser volontairement de côté, la réduire au silence. Ainsi un sportif en souffrance physique doit apprendre à taire en partie son corps, dans la limite où celui-ci le rappelle à l’ordre dans le cas d’une blessure par exemple. La blessure qui empêche véritablement de poursuivre l’entraînement et les compétitions ne doit pas être reçue de la même manière qu’une souffrance due simplement à une activité intense sur une courte durée. Si certaines vulnérabilités inhérentes à l’activité peuvent, voire doivent, être écartées, d’autres méritent d’être saisies et investiguées.

En particulier il me paraît légitime de questionner l’existence (laissée à elle-même, dont on ne se saisit pas) de vulnérabilités n’ayant pas pour origine l’activité elle-même, mais provenant de (dys-)fonctionnements institutionnels et/ou environnementaux. Les logiques d’administration et de gestion privées comme publiques peuvent construire un mouvement spiralé, qui parasite l’activité, qui la rend d’autant plus éprouvante et potentiellement génératrice de souffrance. Ici encore la nécessité d’instituer des communs, du commun, se fait sentir.

Si le commun doit être « oppositionnel »4 (sous entendu aux logiques privées et publiques), s’il doit être « politique », « rebelle », « coopération » ou encore « lutte » il devra également être soignant. À tort, nous avons tendance à banaliser, à laisser de côté les rapports de souffrances et de vulnérabilités auxquels nous sommes quotidiennement confrontés, alors qu’il me semble qu’ils sont porteurs d’un enjeu majeur, au-delà de la question du bien-être. Une de mes hypothèses est bien de dire que si nous les banalisons c’est aussi parce que les logiques individualistes et individualisantes nous renvoient seul-e face à elles dans un moment et un mouvement de fragilité, d’incapacité, et qu’il est donc d’autant plus difficile de nous en emparer afin de renverser le processus et d’ouvrir un possible. Le propos de cet article est d’essayer de montrer qu’en se rapportant à nos vulnérabilités nous avons la faculté de nous en saisir et partant, que nous pouvons développer une capacité collective à créer de la puissance à partir d’elles et de les remettre en perspective d’un devenir. L’en-commun, le travail du commun5, ne peut pas produire de la souffrance autre que celle produite par le caractère exposant de l’expérimentation et des dynamiques instituantes. Il doit à l’inverse apporter un soin, une (hyper-)attention6 aux vulnérabilités dont il se nourrit (le substrat, ou son absence), dont il est porteur (individuelles et collectives), et dont il peut devenir le producteur (institutionnelles). Avant de développer ce raisonnement, j’essaierais d’élaborer une conception multidimensionnelle de la « vulnérabilité ».

La vulnérabilité dans tous ses états :

« La dépendance et la vulnérabilité sont des traits de la condition de tous »7. Souvent, elles sont attachées à l’idée de « besoins primordiaux »8. Certes nous sommes vulnérables, mais dans un rapport à soi, dans une activité, avec ses normes instituées, dans un rapport à l’autre, à l’institution, à l’environnement. Si la vulnérabilité est le trait de la condition de chacun-e, c’est bien parce qu’il y a un tou-te-s. La vulnérabilité ontologique se réifie dans un moment inhibiteur, de souffrance, d’impossible, d’indépassable. Mais le fait de ne pas se saisir d’une vulnérabilité peut engendrer les mêmes conséquences. Ce qui lui donne véritablement une consistance c’est le fait de l’accueillir et de la prendre en charge, c’est ainsi que nous pouvons la rendre malléable, la mettre au travail et lui donner un tour positif, d’ouverture de possible. Je vais essayer d’élaborer une conception de la vulnérabilité au-delà des besoins primordiaux, ou plutôt une conception dépliée et déployée, qui permette de nous la réapproprier (ainsi que sa force constituante) et de penser le « care » comme une dynamique écosophique et instituante de commun.

La vulnérabilité est, a priori, une fragilité qui – dès lors que nous l’expérimentons nous est révélée – nous rend dépendant, ou interdépendant, à autrui dans le sens où nous sommes dans l’incapacité de la dépasser nous-même, de nous en protéger, de nous en soigner (care). Ici je m’intéresse aux vulnérabilités que nous éprouvons dans les activités qui nous sont chères et nécessaires. Bien entendu si j’ai le vertige, je peux me tenir à distance des pratiques de loisir qui me mettent en difficulté sans aucune conséquence néfaste. Mais, si je suis chercheur et que je suis vulnérable voire que je souffre dans mon activité d’écriture alors que c’est là que mes pairs m’attendent et me reconnaissent une existence, quelles conséquences cette difficulté engendrera-t-elle dans mon rapport à soi, aux autres, à l’activité ? Nous pouvons être touchés par une fragilité biologique, ou biochimique, qui sera traduite dans un langage médical (une maladie, une situation de handicap…) et qui nécessitera un certain nombre de soins, d’encadrements, de prestations, prodigués par différents corps de métiers. Mais nous pourrions également révéler une de nos vulnérabilité en passant la frontière d’un pays dont on ne comprend pas la langue. Il faudra alors développer des stratégies et être inventif pour réussir à se faire comprendre. Cependant, pour qu’il y ait compréhension, l’interlocuteur aura aussi un effort à faire en terme d’attention aux gestes, de présence à l’autre, d’écoute pour attraper un mot transparent, d’accueil de la situation incongrue. « Accueil, présence, attention, écoute, … »9 sont les qualificatifs de la partie non technique de l’activité des travailleuses du « care », sur lesquelles porte l’ouvrage de Pascale Molinier.

La fragilité dans le champ du savoir, l’ignorance, pourrait être mise au rang des vulnérabilités dont nous sommes individuellement porteurs et porteuses. L’ignorance aussi devra être prise en charge par autrui, produisant un réseau complexe d’interdépendances entre des personnes (enfants, parents, élèves, enseignant-e-s), des médias (manuels, livres, jeux éducatifs, documentaires), des dispositifs (initiation, évaluation, concours), des institutions (famille, communauté de croyance, éducation nationale) ; en fait nécessitant de prendre en compte et de croiser différents modes d’existence10.

Dans le cas des interlocuteurs qui ne parlent pas la même langue, mais qui ont décidé de se comprendre, c’est bien de l’ignorance réciproque des langages respectifs que naîtra un nouveau média alternatif aux deux premiers, outillé par des gestes, habité par des émotions, mêlant des bruits et des mots. Le médium est le fruit d’une co-production, il représente un savoir qui est produit de l’ignorance, dans l’ignorance ; de l’incapacité de se faire comprendre les interlocuteurs développent une capacité d’échange. Les savoirs, savoir-faire et savoir-être produits en commun sont situés et impliqués, ils sont opérant entre ces deux interlocuteurs, et ne le seront peut-être pas avec un tiers doué d’un imaginaire de nature différente et pour qui les mêmes gestes et bruits auront une signification toute autre.

Il y a évidemment des savoirs en présence dans la situation, l’ignorance comme la vulnérabilité n’existent pas en tant que telles ; même l’être tout juste venu au monde est doué de réflexes de (sur-)vie. Cependant la production du savoir et du possible naît bien de la manière dont les personnes se saisissent et s’approprient leurs vulnérabilités une fois révélées en situation, dans une double perspective de « care » et de commun.

Mon propos n’est pas d’ontologiser la vulnérabilité, qu’elle soit incapacité, incompétence, ignorance, maladie ou position subalterne. Il ne s’agit pas ici de penser des corps de « care-givers » omnipotents, dont Francesco Paulo Adorno11 nous met en garde. Au contraire, pour que nous puissions nous réapproprier nos vulnérabilités (avant qu’elles ne le soient par des institutions, des programmes, des dispositifs, des thérapies), il nous faut prendre soin (care) de nos communs et que le processus de care soit partie prenante de l’institution du commun. Ce qui implique l’inappropriabilité12 tant de nos vulnérabilités, que de nos capacités collectives à les dépasser. Faire l’expérience de nos vulnérabilités nous permet de les caractériser de manière impliquée, de les peupler, de les habiter et de les outiller pour nous offrir l’opportunité du renversement impossibilité / possible, vulnérabilité / puissance, et in fine de la construction de l’autonomie. L’enjeu politique est bien celui de la réappropriation du capital biopolitique co-produit.

Se saisir des vulnérabilités :

Peut-on concevoir une activité qui consisterait à déceler les vulnérabilités, à les accueillir et à les investiguer pour les mettre au travail collectivement dans le but de les renverser, d’amorcer des processus de prise en charge, d’ouvrir un possible ?

Je marque ici une première différence avec l’activité (et / ou de l’attitude) de care telles qu’elles sont définies habituellement puisque, de l’« activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre « monde », de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde comprend nos corps, nous-mêmes et notre environnement, tous éléments que nous cherchons à relier en un réseau complexe, en soutien à la vie »13, les pratiques qui retiennent mon attention sont celles qui mettent au travail les vulnérabilités collectivement, dans une perspective de commun.

Les collectifs avec lesquels je travaille de manière impliquée sont en situation d’expérimentation et essaient de développer des formes d’activité et parfois de vie commune dans la perspective de construire des formes d’autonomie non-autarcique. Ils sont répartis dans deux départements : la Seine-Saint-Denis (93) et l’Ariège (09). Ces collectifs déploient leurs activités (architecture, urbanisme, art, hôtellerie, cuisine, événementiel culturel et festif, recherche en sciences sociales et environnementales) sur des territoires porteurs de « vulnérabilités », à partir d’elles, comme si elles étaient le substrat de leurs pratiques dans une écologie de celles-ci.

A deux endroits très différents des collectifs travaillent à redonner vie à une place. D’un côté un collectif d’architecte et d’urbanistes s’installent à proximité d’une dalle dans une ville de Seine-Saint-Denis, de l’autre un collectif aux multiples activités reprend une auberge (bar, restauration, hébergement) située sur l’unique place d’un petit village de fond de vallée des Pyrénées Ariégeoise. Qu’est-ce que ces collectifs mettent au travail qui permettrait de parler de « vulnérabilité du territoire » en tant que substrat de pratiques ?

L’échec de l’action conjointe des politiques publiques et privées de l’urbanisme en dalle peut rendre ces espaces peu accueillants ; fuite des commerces, manque de moyens publics alloués à l’action sociale, anciennes recettes d’animation des structures traditionnelles de l’éducation populaire inefficaces aujourd’hui, logique d’expertise surplombante laissant peu de place à la parole, à l’imaginaire et aux désirs des habitants. Le collectif en question se met au travail à l’interface de la commune et des habitants sur les plans institutionnel et politique, mais aussi à l’interface des discours, des pratiques et de l’espace sur le plan technique.

Le dépeuplement d’un fond de vallée suite à la fermeture des mines, l’abandon des terres cultivables ou la spéculation dans la perspective de leur conversion en résidence secondaire, la reforestation intense due à un climat humide et une altitude propice au développement d’essences à croissance rapide, la topographie induisant l’impossibilité d’ouvrir une route carrossable vers l’Espagne, et, conséquence ultime : une école en difficulté, rend cette petite vallée particulièrement fragile. Et pourtant, c’est là que le collectif a installé une partie de ses activités en reprenant une auberge où se sont succédé tous les deux ou trois ans, depuis quelques temps, des gérants qui s’épuisaient pour peu de rentrées d’argent. Un lieu dont l’activité commerciale n’est pas rentable, bien qu’étant en situation de monopole puisque c’est le seul bar de la vallée, le suivant étant à un quart d’heure de voiture.

Dans les deux situations l’enjeu porté par les collectifs est bien de se saisir de ces lieux, de prendre la mesure de leur fragilité, de leur vulnérabilité dans leur écologie et de les mettre au travail de l’intérieur pour ouvrir du possible, du (re)nouveau, du devenir, de la puissance.

Encore un point de similitude entre ces deux collectifs, tous deux se sont installés dans une période charnière rendant le territoire (au sens institutionnel et politique cette fois-ci) vulnérable : les élections municipales. L’un profitant de la mairie sortante en signant une convention trois semaines avant les élections, l’autre s’appuyant sur une composition inédite du conseil municipale. Le choix de situation de la part de ces collectifs est partie liée avec la présence d’une opportunité politique d’installation. Mais il est aussi la résultante de leur capacité à se saisir de la fragilité du territoire et à s’insérer dans un réseau d’acteur (commune, centre social, foyer rural, école, associations culturelles, artistes, …) à partir des manques, des absences, des échecs, des vulnérabilités.

En développant un peu plus les activités du collectif en Ariège je vais essayer de rendre compte de la portée instituante de commun induite par la prise en charge collective d’une vulnérabilité, ainsi que de sa force constituante.

Depuis quelques mois ce collectif se pose la question de porter un projet (en plus de celui de l’auberge) de restauration scolaire biologique et locale pour la cantine de la seule école de la vallée. Pour le moment, ce sont les parents d’élèves qui préparent les « gamelles » aux enfants, qui sont réchauffées par le personnel du périscolaire. Ces pratiques qui ne sont pas conformes aux normes préconisées, sont plus ou moins tolérées pour les structures à faible effectif et les territoires en manque d’équipement, mais laissent l’école et le périscolaire dans un situation très précaire. La préparation de ce projet pour la soumission aux élu-es du Syndicat Intercommunal à Vocation Éducative14 ne peut se faire autrement qu’en concertation avec les parents d’élèves, le personnel du périscolaire, les bénévoles de l’auberge associative, des professionnels qui accompagnent ces projets à l’échelle du département, les producteurs locaux, etc. Il se trouve qu’à l’unanimité les parents d’élèves approuvent le projet de cantine.

Cependant, avec un effectif scolaire faible d’une part, et une exigence élevée de qualité nutritionnelle avec des matières premières coûteuses d’autre part, l’activité ne sera pas rentable. Elle ne peut donc pas être un service que propose l’auberge ; elle doit être sous « perfusion » des communes. La décision de financement pour le fonctionnement de la cantine reste donc dans les mains des élu-es des communes et du SIVE. Mais le contexte de construction collective du projet ainsi que les enjeux qui lui sont afférents en terme d’attractivité du territoire, d’ouverture d’un emploi et de résolution d’un problème (pour certains parents du moins), donne une consistance à ce groupe de personnes qui se démènent pour que le projet soit réalisé, et il ne suffira pas d’une réponse négative en ce qui concerne le financement pour que ce groupe éclate. À partir de l’absence de restauration scolaire le collectif élargit qui prend forme se saisit d’une vulnérabilité du territoire (de deux pourrait-on dire si on y ajoutait le faible nombre d’emploi salarié), et la pense dans son écologie d’ensemble en allant bien au-delà de la simple question de la restauration des enfants : en pensant la vitalité de la vallée dans son devenir, ainsi que l’autonomie de celle-ci.

La formation de ce collectif autour d’une vulnérabilité relève d’une institution du commun pour les personnes qui y prennent part, et elle a une portée instituante en ce qu’elle va venir bousculer l’institué, les conseils municipaux et le SIVE à l’endroit même où ils sont fragiles : la participation des administrés.

Les vulnérabilités qu’on porte :

Lorsque je parle de la nécessité de produire de l’« en-commun » de soin je n’entrevois évidemment pas uniquement la prise en charge des vulnérabilités d’un territoire, mais aussi de celles que l’on porte individuellement et collectivement. Pratiquer une activité expose, d’autant plus lorsqu’elle se réalise dans le cadre d’une expérimentation. Si nous ne voulons pas reproduire l’absence de considération pour les vulnérabilités, les fragilités et les souffrances il nous faut nous outiller pour les mettre au travail collectivement.

Dans tous les collectifs avec lesquels je travaille, la règle en ce qui concerne les vulnérabilités est « de parler lorsque ça ne vas pas », de « se dire les choses », une sorte d’injonction à se dire, à dire sa souffrance. Nous nous imaginons facilement que justement « lorsque ça ne vas pas » nous n’allons pas nous dévoiler encore plus et prêter le flanc aux faiblesses. Plutôt que de se reposer sur une personne potentiellement en difficulté pour qu’elle se dise, nous pourrions-nous pas penser, nous qui allons bien, où et comment nous pourrions nous dire ?, où et comment nous pourrions accueillir notre vulnérabilité ainsi que celle des autres ?, et encore se poser la question de ce que cela nous fait d’accueillir une vulnérabilité ?

Pendant quelques mois j’ai réalisé une recherche avec des personnes travaillant dans un bar. L’équipe tenant le bar était composée de trois hommes, les propriétaires, et de deux femmes salariées. J’ai proposé de mener ce travail avec ces personnes suite à une soirée où j’étais présent et où un client à décompensé. J’ai demandé à une serveuse, qui est une amie, comment l’équipe « gère » ces situations. Il se trouve qu’ils n’en parlent pas entre eux. Elle me dit également que cet événement ne correspond qu’à la partie émergée de l’iceberg, mais qu’il y a beaucoup d’hommes seuls qui passent leurs soirées à draguer les serveuses, à déclarer leur flamme, à faire la cour.

Lorsque je me mets au travail avec cette équipe je leur propose que nous définissions ensemble les objectifs et les méthodologies de la recherche. S’en suivent plusieurs réunions, discussions, et observations des personnes sur leur lieu de travail. Il ne tarde pas pour que la question de la gestion difficile de certains clients vienne sur la table. Il est révélé que les cinq personnes peuvent vivre mal la présence de certains « piliers », si bien que lorsqu’ils arrivent au bar ils n’ont qu’une envie c’est de fermer boutique. Les femmes le vivent d’autant plus mal, car elles sont parfois assaillies d’avances, ce que les employeurs n’avaient pas perçus. Suite à plusieurs discussions sur le sujet, je leur propose d’écrire un journal, ou du moins des bribes lorsqu’ils ont une relation à ces personnes « gênantes ». Les cinq personnes commencent à échanger sur les situations, leur résolution, une manière de trouver une échappatoire ou au contraire ce qui a pu les embourber. Ces personnes ont également mis en place des stratégies pour « prendre en charge » ces clients collectivement ou à tour de rôle pendant les soirées. L’idée n’était pas pour eux de les faire partir du bar, mais de continuer à les accueillir, de continuer à discuter avec eux au comptoir, d’une part parce qu’ils ont de l’affection et qu’ils peuvent les apprécier, d’autre part pour des raisons politiques le bar doit être ouvert à tou-te-s.

Le fait d’avoir disposé d’un espace « bienveillant »15 dans le cadre de cette recherche a permis de faire émerger une des épreuves de l’activité, qui laissait la place à des vulnérabilités individuelles et qui relevaient d’expériences vécues par tou-te-s. La discussion, l’écriture de journaux, et la prise en compte de ces situations a induit une attention réciproque des différentes personnes travaillant dans ce bar pour prendre en charge collectivement ces situations et pour prendre-soin les un-e-s des autres.

Quelques semaine plus tard, les propriétaires décident de monter une nouvelle activité commerciale, tout en gardant le bar. Ils vont mettre en place un changement d’organisation du travail. Habituellement, tous les soirs, il y avait au moins un des trois hommes avec au moins une salariée. Les employeurs ont fait le choix de constituer une équipe en amitié pour que l’ambiance de travail soit détendue et agréable. Avec cette nouvelle organisation, les salariées travaillent la semaine, et les patrons travaillent le week-end, ils ne se croisent plus sur le lieu de travail. Ces choix ont engendré une perte de sens au travail pour les salariés en perdant les liens affectifs avec les employeurs.

En confiant plus de responsabilités aux salariées, les petits détails (commandes, lavage de linge, compter la caisse, recevoir les fournisseurs, …) indispensables qui étaient réalisés par les propriétaires jusque-là ont causé des difficultés aux salariées. Ils ont donc mis en place des outils de communication et de transmission au sein du bar. Les propriétaires passaient tôt le matin lorsque le café est fermé pour consulter les messages et les salariées trouvaient leurs consignes le soir. Assez vite ces dispositifs qui étaient censés être purement techniques se sont fait colonisés par des messages affectueux. Si bien que lorsqu’au bout de quelques mois les salariées s’étaient appropriées toutes les tâches à réaliser, les dispositifs de communication sont restés uniquement pour la transmission des affects, devenue leur fonction principale.

La nouvelle organisation du travail a mis en difficulté, en vulnérabilité les salariées sur le plan technique de l’activité et toute l’équipe sur le plan affectif. La mise en place de ces outils de communication et leur appropriation par les salariées pour transmettre des affects plus que des informations techniques, montre ici encore que se saisir des vulnérabilités et les mettre au travail permet d’ouvrir du possible. Une des salariées qui souhaitait quitter son poste va finalement rester, car cette période de transition se terminant, les propriétaires reviennent travailler avec elles, même si leur présence sera moins forte qu’avant le lancement de nouvelle activité. Le rôle de ces outils de communication a été primordial pour que l’équipe tienne, bien sûr les patrons auraient pu trouver d’autres salariés. Mais ici c’est bien la puissance du processus de mise au travail de la vulnérabilité qui se dévoile, un processus fondamentalement écosophique16 qui transforme les rapports de soi à soi, de soi aux autres (la relation salariale) et de soi à l’environnement (la relation à la clientèle).

Le dispositif de mise au travail de la vulnérabilité oblige toutes les parties prenantes. Je vais poursuivre avec le travail de deux groupes de recherche dans lesquels je suis impliqué. Dans ces deux collectifs il y a certaines personnes qui ont de longues antériorités de travail et d’amitié et d’autres qui ne se connaissent peu ou pas du tout. Pour chacun de ces collectifs nous avons tenté dès nos notre première rencontre de travail d’évoquer d’une part nos craintes quant à l’organisation collective, d’autre part nos vulnérabilités dans notre activité de recherche.

Avec l’un de ces collectif le dispositif prévoyait d’en discuter en petit groupe, avec l’autre nous l’avons fait en grand groupe. Dans les deux cas le processus engagé a permis de se dévoiler mutuellement dans une ambiance bienveillante. L’objectif poursuivi était de devancer la souffrance, l’incompréhension, en se signifiant les un-e-s les autres nos faiblesses pour qu’elles soient prises en charge collectivement.

Après ces échanges chaque participant ne peut plus faire sans savoir la vulnérabilité de l’autre. Elle est posée sur la table, elle est rendue commune. Rien ne dit de ce que le groupe en fera. Mais dans sa construction, le collectif à tout intérêt à s’en saisir pour se renforcer, pour apporter quelque chose à chacun-e. Je ne parle pas ici d’une interaction soignant / soigné, il n’y a pas de réponse ou de solution à apporter à une vulnérabilité, mais simplement la mettre au travail, la mettre en processus avec toutes celles des autres, les mettre en devenir.

S’atteler aux questions de recherche sur lesquelles nous nous sentons faible, vulnérable ou ignorant dans une perspective de construction d’un collectif, et donc de commun, nous permet de nous approprier ces questions, de les traiter d’égal à égal avec nos collègues. À partir des ignorances, nous nous appuyons sur les savoirs en présence pour essayer d’élaborer des axes de recherche, des questions transversales. Surtout nous nous réapproprions la manière dont nous allons conduire la production de la connaissance, à partir de nos vulnérabilités, en situation.

Ici je parle de la production de la connaissance, mais je pourrais également parler du traitement institué de n’importe laquelle de nos vulnérabilités et de la possibilité que nous avons de réinventer leurs prises en charge collective, sur un mode qui se différencie du rapport vertical de l’aidant à l’aidé.

Les vulnérabilités qu’on produit :

Si jusqu’ici j’ai discuté de la capacité et de la nécessité qu’ont les collectif de se nourrir et de mettre au travail les vulnérabilités, il ne faut pas oublier qu’ils peuvent également en devenir les producteurs. En s’instituant, le collectif va adopter des règles, des normes, des manières d’être et de faire qui peuvent mettre en difficulté et fragiliser les individus.

Dans le collectif qui a repris l’auberge, il existe différents dispositifs de prise de parole en réunion17. Cette police18, au sens de Rancière la répartition des parts et des absences de part au débat, peut rendre certaines personnes vulnérables en leur ôtant leur capacité de s’exprimer. Tout l’enjeu ici n’est pas de trouver le mode de prise de parole qui conviendra à tout le monde (qu’on ne trouvera peut-être jamais), mais plutôt de varier aussi souvent que possible les dispositifs de réunion, afin de répartir équitablement tant les parts au débat, que les vulnérabilités.

La première année où ce collectif décide d’ouvrir l’auberge, les personnes les plus impliquées dans ce projet décident de mettre en place la non-spécialisation des tâches de manière assez radicale. Tout le monde doit passer à tous les postes (bar, hébergement, cuisine, comptabilité, commandes, organisation de soirées, programmation, communication, etc.) pour à la fois éviter un accaparement des compétences par certain-es, à la fois pour que chacun-e puisse se rendre compte de la pénibilité du travail des autres.

A la fin de la saison d’été cette organisation du travail avait causé de la souffrance. Nous savions qu’elle était temporaire et qu’on bout de quelques mois elle devrait changer. Pour certain-es il a été très difficile de se retrouver dans certaines activités sans en avoir les compétences, sans en avoir l’envie, sans y prendre du plaisir. Le groupe a alors décidé de mettre en place la spécialisation du travail pour la seconde année. Il y avait quatre personnes, chacune à un poste différent.

Il avait été décidé que ces personnes « les permanents », pouvaient s’absenter durant la saison si elles trouvaient des remplaçant, qu’elles auraient formés. Il y a bien eu durant l’été des remplacements, ce n’est que très rarement qu’il manquait réellement un permanent. Cependant la rotation des personnes a causé une discontinuité dans l’organisation du travail et dans la qualité des services qui ont eu pour conséquence d’installer une ambiance tendue entre les permanents, mais aussi entre les permanents et les autres bénévoles plus occasionnels.

Le choix d’organisation du travail fait par le collectif a engendré une mise en difficulté de l’ensemble des personnes travaillant à l’auberge quel qu’ai été leur degré d’implication dans le projet. Aujourd’hui une réorganisation du travail se met en place pour l’année à venir. L’idée cette fois est de salarier deux équivalents temps plein et demi sur six mois. Les bénévoles devront soutenir les salariés dans leurs tâches, qui ne suffiront pas au volume horaire que nécessite l’activité de l’auberge.

Dans ce collectif aux activités multiples (au-delà de l’auberge ce collectif porte différents projets : événementiel, recherche en sciences sociales et environnementales, cuisine itinérante, formation…), dont les parties prenantes ne sont pas toutes localisées au même endroit, la communication à distance est primordiale. Lorsque le collectif accueille de nouvelles personnes dans les projets, ces modes de communication peuvent être déconcertant, et surtout ils ne permettent pas forcément que toutes mes personnes y prennent part. Les courriels peuvent être envoyés à beaucoup de personnes que nous ne connaissons pas forcément tous, avec des informations techniques courtes, sans précautions d’attention aux interlocuteurs.

Ce moyen d’échange est doublé d’un « wiki », outil collaboratif qui permet de stocker toutes les informations nécessaires au bon fonctionnement des projets, et à leur bonne gestion même à distance. Lorsque les personnes n’y sont pas habituées, n’y sont pas formées, il est possible qu’elles soient exclues des discussions.

Les enjeux auxquels font face les collectifs sont bien ceux de l’institution du commun, une institution ouverte sur elle-même et sur son environnement. Encore faut-il qu’ils soient en capacité de saisir leurs failles, leurs vulnérabilités à la mesure de ce qu’elles sont et ne pas les laisser à elles-mêmes sans s’outiller pour s’en saisir. Cela reviendrais à décréter leur inexistence et laisserait la place au pire, de la même manière qu’il n’est pas possible de décréter l’autonomie ou le commun mais qu’il faut les construire.

Conclusion

L’approche par les vulnérabilité soulève quelques enjeux qu’il serait nécessaire d’investiguer. En premier lieu le fait de se saisir ou non des vulnérabilités traite avec la question de la « vie bonne » et de la manière dont nos vies gouvernées.

Si le commun et le care ont à faire ensemble c’est bien à ces endroits où nos vies sont gouvernées à partir de nos vulnérabilités quelles qu’elles soient. La manière dont nous sommes capables d’instituer des communs, y compris des communs de soin, doit nous permettre de nous réapproprier nos vulnérabilités ainsi que nos capacités collectives à les mettre au travail, à les dépasser, à ouvrir du possible, à dégager de la puissance à partir d’elles.

Ce qui se joue à travers l’accueil des vulnérabilités et leur mise au travail c’est une partie non négligeable de la construction de l’autonomie. Cette autonomie se construit, se cultive ainsi que l’écologie qui lui sera propice. La vulnérabilité peut être partie de cette écologie, il reste néanmoins à investiguer et à développer les outils qui permettront sa culture.

Le 23/11/2015, Bonac-Irazein

1Yves Clot, Psychopathologie du travail et clinique de l’activité, en ligne à l’adresse :
http://static.convergencerh.com/docs/psychologie/Clinique_de_l_activite_CLOT_Yves.pdf, consulté le 27/10/14.

2On pourrait me reprocher une forme de naïveté en pensant que c’est le marché du sport de haut-niveau qui coordonne les acteurs autour de l’activité sportive et de l’individu. Mais de mon expérience de sportif de haut-niveau – (2005-2008 sur la liste haut-niveau « Jeune » du ministère) dans une discipline peu lucrative, voire totalement ludique, le tir à l’arc – c’est un fonctionnement très courant. Pour ma part le staff était composé de plusieurs entraîneurs au sein de la discipline, d’un kinésithérapeute, d’une diététicienne, de plusieurs médecins, d’un préparateur physique, d’un préparateur mental ; cette composition se dédoublant au niveau local et national, sauf pour la diététicienne présente uniquement au niveau local.

3M. Garrau, A. Le Goff, Care, justice et dépendance, Introduction aux théories du care, PUF, 2010, 160 p.

4Pascal Nicolas-Le Strat, http://blog.le-commun.fr/?tag=commun-oppositionnel, consulté le 27/10/15.

5Pascal Nicolas-Le Strat, Le travail du commun, Éditions du commun, à paraître février 2016, 270 pages.

6Yves Citton, Pour une écologie de l’attention, Seuil, 2014, 320 p.

7P. Molinier, S. Laugier, P. Paperman (dir.), Le sujet du care : vulnérabilité et expression ordinaire, Sandra Laugier, p. 166, in Qu’est-ce que le care ?, , Ed. PBP, 2009, 302 p.

8Ibid, p. 163.

9Pascale Molinier, Le travail du care, La Dispute, 2013, p. 10.

10Bruno Latour, Enquête sur les modes d’existence, Une anthropologie des modernes, La découverte, 2012, 504 p.

11Francesco Paulo Adorno, Faut-il se soucier du care ?, éditions de l’olivier, 2015, 192 p.

12Pierre Dardot & Christian Laval, Commun, Essai sur la révolution au XXIème siècle, La découverte, 600 p.

13Joan Tronto, Un monde vulnérable, pour une politique du care (Moral Boundaries : a Political Argument for an Ethic of care, 1993), traduit de l’anglais par Hervé Maury, 2009, La Découverte, p. 143.

14SIVE, par la suite dans le texte.

15Dans les discussions informelles, interindividuelles, que j’avais avec les personnes en parallèle des réunions d’équipes, j’insistais sur le fait que j’étais garant de la bienveillance au sein de ces rencontres ainsi que de l’accueil de tous les points de vue sur toutes les situations.

16Félix Guattari, Qu’est-ce que l’écosophie ?, textes présentés par Stéphane Nadaud, Lignes / Imec, 2013,
592 p.

17Ces dispositifs ont été explicités et analysés dans mon mémoire de Master 1 : Outiller l’autonomie, instituer le commun – Une expérience collective explorée par un de ses acteurs (L’exemple du collectif des MutinEs), juin 2015, pp. 47-53. Il peut être consultée sur le site des Fabriques de sociologie : http://corpus.fabriquesdesociologie.net/.

18Jacques Rancière, Aux bords du politique, Folio Essais, 2004, 272 p.

Pour citer cet article : Sylvain PICARD, « Pour une prise en charge collective des vulnérabilités », http://corpus.fabriquesdesociologie.net/pour-une-prise-en-charge-collective-des-vulnerabilites/ Novembre 2015.

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